Aujourd’hui, le principal défi des entreprises n’est pas l’accès à l’information, mais l’engagement de l’apprenant et la performance d’apprentissage. La gamification au service de la pédagogie, ou ludopédagogie, est un levier puissant d’enseignement à condition qu’elle soit réellement conçue pour répondre aux objectifs de l’entreprise et aux profils des apprenants. Elle transforme un parcours linéaire d’apprentissage en expérience narrative dynamique. Alors, le jeu en vaut-il la chandelle ?
Cet article explore les mécanismes du jeu dans les apprentissages et les bénéfices de la gamification à travers le témoignage d’Hélène Morice – ingénieure en formation et psychologue du travail, intervenante pour Audavia.
En 1938, Johan Huizinga, grand historien néerlandais du XXe siècle, théorisait dans son ouvrage « Homo Ludens » que le jeu est le fondement même de la culture humaine au-delà d’une approche biologique et psychologique. Il dira alors que le jeu est une tâche sérieuse.
« Le jeu est une action ou une activité volontaire, accomplie dans certaines limites fixées de temps et de lieu, suivant une règle librement acceptée mais absolument impérative, pourvue d’une fin en soi, accompagnée d’un sentiment de tension et de joie, et d’une conscience d’être « autrement » que dans la vie courante. » – Johan Huizinga.
Historiquement, le monde professionnel s’en est emparé par étapes
Hélène Morice conçoit des parcours d’apprentissages ludiques clés en main destinés aux entreprises et à leurs besoins spécifiques. Ces formats personnalisés sont ensuite déployés en interne, auprès des collaborateurs, par des facilitateurs internes ou externes à l’entreprise. Hélène Morice intervient ainsi également dans la formation de ces facilitateurs qu’elle nomme les maîtres du jeu.
« Chaque projet de création ludopédagogique intervient après une analyse fine des besoins, des publics, des compétences et de l’environnement. En effet, ce sont des jeux créés sur mesure. »
« Je l’ai toujours fait naturellement. Pour des sessions de formation en Process Com par exemple, je peux m’appuyer sur des séances de jeu si j’estime que cela est adapté. »
« Je crée des outils qui rassemblent les individus pour expérimenter le jeu ensemble dans un lieu physique, c’est très important pour la cohésion. Je ne développe rien en ligne qui soit du domaine virtuel. Ces outils peuvent être des jeux de plateau ou de cartes, des jeux de piste, des puzzles ou des énigmes type escape game par exemple.»
« Un client voulait déployer les valeurs du groupe à l’ensemble des collaborateurs à travers ses diverses entreprises. Ici, le jeu est bien plus efficace qu’une circulaire ou des affichages dans les points stratégiques des locaux ! Le bénéfice du jeu c’est l’implication immédiate des tous. En interne, l’équipe RH a ensuite déployé le jeu. »
« La ludopédagogie s’applique à tous les sujets de formation et s’adapte à tous les besoins pour créer un environnement émotionnel positif et joyeux où il est plus facile d’initier des transformations. Se former ç’est changer, or changer suppose d’en avoir envie, ce n’est pas le cas pour tout le monde, ce qui peut freiner l’apprentissage. Le jeu doit créer une bulle d’oxygène où apprendre lève subtilement tous les freins personnels. C’est un cercle vertueux sur lequel s’appuyer. »
« Le développement des compétences des apprenants repose sur la base d’un parcours pédagogique d’apprentissage qui permet le développement des compétences. Ce parcours s’établit suite à l’analyse des besoins du client et son environnement soit 80% du travail. La ludopédagogie arrive ensuite, en tant que méthode, pour optimiser ce parcours. »
« Le premier objectif, quelle que soit la méthode, est l’apprentissage. Or, on apprend plus facilement lorsque l’on prend du plaisir. Le jeu implique le plaisir. En effet le cerveau fonctionne mieux quand la joie est au rendez-vous. L’émotion est donc un facteur très important dans l’ancrage des apprentissages. »
« L’erreur est plus qu’un droit, c’est un devoir. On doit se tromper quand on apprend. C’est ce qu’offre le jeu, un espace où l’on peut tout tenter et se « planter avec brio ! ». Cela n’a aucune conséquence si ce n’est de gommer la peur de l’échec, et de contribuer à renforcer les apprentissages grâce à un climat positif. »
« La mémorisation est toujours au cœur du processus. Ce qui est intéressant à travers l’expérience du jeu est que chacun mobilise sa propre technique de mémorisation pour apprendre. En effet, certains sont plus dans l’intellect, d’autre dans la manipulation ou le visuel. Le jeu peut offrir toutes ces possibilités de mémorisation, et les techniques sont toujours choisies en fonction du public cible et de son histoire avec l’apprentissage. »
« Pour moi l’innovation en ludopédagogie vient tout simplement dans le fait d’oser mettre du fun au cœur des entreprises en termes de formation. En effet, très peu de donneurs d’ordre demandent explicitement des formations orientées ludopédagogie. Cela représente un tiers seulement des demandes. Les plus enclins à l’innovation sont les ressources humaines tandis que les freins viennent plutôt des sphères managériales et de direction. Pourtant, le jeu apporte plus de performance d’apprentissage. »
« Les freins sont en lien avec les croyances limitantes selon lesquelles jouer n’est pas sérieux. Ainsi le jeu n’aurait pas vraiment sa place dans le monde professionnel. »
« J’ai toujours des retours positifs et enthousiastes des facilitateurs car c’est avec eux que je suis en contact direct. En termes de retours sur investissement le constat est unanime : les choses sont bien plus et mieux intégrées. »
« Oui, être volontaire. L’envie est le seul prérequis pour devenir maître du jeu. Souvent ce sont des formateurs internes ou des RH. Mais tout le monde peut y prétendre. »
Pourquoi apprenons-nous mieux en jouant ? Comme le souligne Stanislas Dehaene, neuroscientifique spécialisé en psychologie cognitive, l’engagement actif est l’un des quatre piliers de l’apprentissage où le jeu n’est pas une distraction, mais un moteur de feedback indispensable à la plasticité cérébrale.
« L’engagement actif est un prérequis à l’apprentissage : un organisme passif n’apprend pas. […] Le jeu augmente la motivation et l’attention, tout en fournissant un retour sur erreur immédiat, ce qui est le signal d’apprentissage par excellence pour nos circuits neuronaux. »
Que se passe-t-il alors dans le cerveau en situation de jeu :
La gamification de thématiques comme la finance brise la résistance cognitive face à des sujets qui peuvent être perçus comme complexes et arides.
Des sujets où des concepts plus abstraits sont abordés, comme les valeurs d’une marque employeur, les stratégies RSE ou le management, peuvent trouver dans la ludopédagogie un réel soutien d’ancrage facilitant le passage de la théorie à la pratique.
Le jeu est un levier puissant pour maximiser l’engagement et l’ancrage des connaissances acquises dans la mémoire. Loin d’être l’apanage de l’enfance, le jeu transforme les apprentissages linéaires en expériences immersives. Il met en action les mécanismes neurocognitifs propices au développement et à l’intégration de nouvelles compétences dans un espace où émotions et plaisir sont le terreau le plus fertile.
« Le plaisir apparaît à la frontière entre l’ennui et l’anxiété, quand les défis sont juste au bon niveau pour les capacités de la personne. » – Extrait du livre Vivre : La psychologie du bonheur (éd. française 2004), Mihaly Csikszentmihalyi
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